Le déclencheur, de Neal Shusterman (Nathan, 2022)

Que nous en ayons conscience ou non, les clivages sociaux, raciaux ou de genre sculptent nos vies. Si vous étiez né.e de l’autre côté de l’une de ces barrières, votre existence aurait toutes les chances d’avoir pris un cours radicalement différent, même si vous étiez la même personne par ailleurs. Difficile à vérifier, me direz-vous ! C’est là tout l’objet de l’expérience de pensée imaginée par Neal Shusterman qui confirme sa créativité et son talent pour cet exercice.

Ash, 17 ans, est un garçon gentil et sociable, plein de bonnes intentions même s’il ne comprend pas toujours les arguments de son meilleur ami sur les obstacles rencontrés par les personnes racisées. Une collision lors d’un match de football fait basculer l’adolescent dans une, puis des réalités alternatives qui lui font expérimenter certaines transformations par rapport au monde qu’il a toujours connu. Rien de fondamental à première vue, mais les répercussions pourraient prendre une ampleur inattendue, révélant ce que c’est d’être confronté au racisme, au sexisme ou à l’homophobie… Que se passe-t-il ? Qui sont ces skateurs qui naviguent aisément d’une réalité à l’autre ? Ash parviendra-t-il à reprendre le contrôle de la situation ?

« Ça me terrifiait, mais me rendait humble aussi, de voir ce que j’aurais pu être dans d’autres circonstances. »

La rencontre de la physique quantique et de la philosophie détonne. Ce que vit Ash est vraiment intrigant et fait de ce roman une lecture addictive. L’adolescent grandit et comprend énormément de choses en expérimentant des vies alternatives. Cela nourrit des réflexions passionnantes nourries sur les déterminismes, l’inné et l’acquis, les difficultés des privilégiés à prendre conscience du vécu des autres, l’identité, les repères auxquels s’accrocher lorsqu’on est déboussolé.

« Ce que nous sommes est défini par beaucoup de choses. Notre famille, nos amis, nos gènes, tout ce qui nous est arrivé de bon, et les traumatismes aussi. Et même si on se redéfinit en permanence, certaines choses restent constantes. Elles font partie de nous et ne varient pas. Excepté, bien sûr, si on glisse d’un univers à un autre. »

Neal Shusterman donne à son narrateur un ton implacable, une langue parfois crue. S’ils sont assortis à un propos ultra-engagé, j’ai tiqué sur certaines tournures qui sonnent bizarrement (j’en ai noté deux exemples ci-dessous). Peut-être le slang américain n’est-il pas évident à traduire. Comme j’ai lu les épreuves non-corrigées, il est aussi possible que des révisions aient été apportées ultérieurement.

Un roman initiatique particulièrement original et stimulant. Pas étonnant que Netflix l’air repéré pour une adaptation à l’écran !

Extraits

« Quand on est enfant, c’est parfois aussi simple que ça : vous avalez ce que vos parents ont mis dans l’assiette qui fait votre vie.
Alors laissez-moi mettre la table, avant de vous servir mon ragoût totalement taré. »

« On fait avec les Norris de ce monde parce que (a) c’est devenu votre ami avant que vous ayez percuté que c’était un enfoiré, b) il absorbe toute votre mauvaise conscience car, aussi pourrie soit votre journée, au moins, vous n’êtes pas Norris. »

Lecture commune avec mon moussaillons de bientôt 13 ans en mai / juin 2022 – Nathan, traduction d’Eva Grunszpan, 17,95€

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