La rivière à l’envers – Tome 1 : Tomek, de Jean-Claude Mourlevat (2000)

Lu fin octobre 2017

Ce livre fait partie des découvertes et des coups de cœur de l’année ! Il s’agit d’un petit récit initiatique aux allures de fable : l’histoire se situe dans une contrée et un passé indéfinis, « en un temps où l’on n’avait pas encore inventé le confort moderne ». L’épicerie que tient Tomek a beau être indispensable au village, avec ses mille tiroirs contenant absolument tout ce dont on peut avoir besoin, elle lui semble exiguë. Le jeune garçon s’ennuie et rêve d’évasion. Sur les traces d’Hannah, une inconnue de passage passée furtivement dans sa boutique, Tomek se lance dans un voyage merveilleux à la recherche de la rivière Qjar – cours d’eau légendaire qui coule « à l’envers » et dont la source, nichée au sommet de la Montagne sacrée, permettrait à celui qui en boit de se préserver de la mort… Parviendra-t-il à retrouver Hannah, partie seule à la recherche de cette source ? La rivière Qjar existe-t-elle et comment la rejoindre à travers les contrées étranges dans lesquelles s’enfonce Tomek ? Et finalement, est-ce si souhaitable de vivre éternellement ?

L’histoire vit moins de cette intrigue principale que des péripéties, des rencontres, des paysages et êtres fantastiques qui ponctuent le chemin. Dans la forêt de l’Oubli, la plaine aux fleurs hypnotiques et le village des parfumeurs, sur l’Île inexistante et sous les arbres aux écureuils-fruits, Tomek tisse des amitiés avec des personnages aux histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. Leurs récits sont des contes enchevêtrés dans l’intrigue, par lesquels on se laisse volontiers distraire. Ce roman plein de poésie et de magies a émerveillé toute la famille. Il me semble que l’écriture adresse plutôt ce roman à des lecteurs déjà confirmés, mais il peut être lu sans problème à des enfants plus jeunes. Il se lit d’un trait et on en sort comme d’un rêve. Idéal pour une petite parenthèse d’évasion !

Extrait
« Il prit un sucre d’orge dans un bocal et le lui tendit. Elle le cacha aussitôt dans une poche de sa robe. Mais elle ne semblait pas vouloir s’en aller. Elle restait là à regarder les rayons et les rangées de petits tiroirs qui occupaient un pan de mur tout entier.
– Qu’avez-vous dans tous ces petits tiroirs ?
– J’ai… tout, répondit Tomek. Enfin tout le nécessaire…
– Des élastiques à chapeau ?
– Oui, bien sûr.
Tomek escalada son échelle et ouvrit un tiroir tout en haut.
– Voilà.
– Et des cartes à jouer ?
Il redescendit et ouvrit un autre tiroir.
– Voilà.
Elle hésita, puis un sourire timide se forma sur ses lèvres. Cela l’amusait visiblement.
– Et des images… de kangourou ?
Tomek dut réfléchir quelques secondes puis il se précipita sur un tiroir sur la gauche :
– Voilà.
Cette fois, les yeux sombres de la petite s’éclairèrent tout à fait. C’était si charmant de la voir heureuse que le cœur de Tomek se mit à faire des bonds dans sa poitrine.
– Et du sable du désert ? Du sable qui serait encore chaud ?
Tomek gravit encore une fois son échelle et prit dans un tiroir une petite fiole de sable orange. Il redescendit, fit couler le sable sur son cahier spécial pour que la jeune fille puisse le toucher. Elle le caressa avec le dos de la main puis promena dessus le bout de ses doigts agiles.
– Il est tout chaud…
Comme elle s’était approchée très près du comptoir, Tomek sentit sa chaleur à elle, et plus que sur le sable chaud, c’est sur son bras doré qu’il aurait voulu poser sa main. Elle le devina sans doute et reprit :
– Il est aussi chaud que mon bras…
Et de sa main libre elle prit la main de Tomek et la posa sur son bras. Les reflets de la lampe à huile jouaient sur son visage. Cela dura quelques secondes, au bout desquelles elle se dégagea en un mouvement léger, virevolta dans la boutique puis pointa enfin son doigt au hasard vers l’un des trois cents petits tiroirs :
– Et dans celui-ci, qu’avez-vous dans celui-ci ?
– Oh, ce ne sont que des dés à coudre, répondit Tomek en versant le sable dans la fiole grâce à un entonnoir.
– Et dans celui-ci ?
– Des dents de Sainte Vierge… ce sont des coquillages assez rares…
– Ah, fit la petite, déçue. Et dans celui-là ?
– Des graines de séquoia… Je peux vous en donner quelques-unes si vous voulez, je vous les offre, mais ne les semez pas n’importe où, car les séquoias peuvent devenir très grands…
Tomek avait cru lui faire plaisir en disant cela. Mais ce fut tout le contraire. Elle redevint grave et songeuse. À nouveau ce fut le silence. Tomek n’osait plus rien dire. Un chat fit mine d’entrer par la poste restée ouverte. Il s’avança avec lenteur, mais Tomek le chassa d’un geste brusque de la main. Il ne voulait pas être dérangé.
– Ainsi, vous avez tout dans votre magasin ? Vraiment tout ? dit la jeune fille en levant les yeux vers lui.
Tomek se trouva un peu embarrassé.
– Oui… enfin tout le nécessaire… répondit-il avec ce qu’il fallait de modestie.
– Alors, dit la petite voix fragile et hésitante, mais soudain pleine d’un fol espoir, sembla-t-il à Tomek, alors vous aurez peut-être… de l’eau de la rivière Qjar ? »

Pocket Jeunesse, 5,95€

rivièreàl'envers

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