Coup de projecteur sur les livres de Jean-Claude Mourlevat, lauréat du prix Astrid Lindgren 2021

C’est une reconnaissance de taille : le prix Astrid Lindgren est considéré comme le Prix Nobel de littérature jeunesse. Cette année, le jury a décidé de distinguer Jean-Claude Mourlevat, un auteur français remarqué notamment pour son art de « revisiter la tradition du conte, abordant les sujets les plus beaux comme les plus difficiles ». Les moussaillons de l’île ne peuvent que se réjouir : non seulement ce prix contribue à rendre visible à l’international la richesse inouïe de la littérature jeunesse francophone, mais il récompense un auteur qui est particulièrement cher à notre famille franco-allemande pour ses romans comme pour ses traductions. Un petit tour d’horizon pour célébrer cette nouvelle, ça vous dit ?

Jean-Claude Mourlevat (source: https://www.jcmourlevat.com/accueil.html)

ROMANS CHRONIQUÉS SUR L’ÎLE AUX TRÉSORS

La rivière à l’envers (2000) : un récit initiatique aux allures de fable

C’est La rivière à l’envers qui fait connaître Jean-Claude Mourlevat auprès d’un très large public. Impossible de ne pas être happé par le périple merveilleux de Tomek à la recherche de la rivière Qjar, cours d’eau légendaire qui coulerait « à l’envers » et dont la source, nichée au sommet de la Montagne sacrée, permettrait à celui qui en boirait de se préserver de la mort… Un roman plein de poésie et de magie qui a émerveillé toute la famille. Chronique complète

La ballade de Cornebique (2003) : une fable animalière hilarante et émouvante

Je vous mets au défi de résister au charme du bouc Cornebique – un gaillard tout en jambes, doté d’un don pour le banjo, d’un solide appétit, d’une bonne dose d’auto-ironie et d’un cœur tendre à souhait. Ravagé par un chagrin d’amour, notre héros se résout à quitter le pays des boucs, pourtant si sympathique. Il est loin d’imaginer les rencontres et les aventures extraordinaires que lui réserve cette ballade à travers le vaste monde… Un roman réjouissant et impossible à reposer une fois ouvert ! Chronique complète

La troisième vengeance de Robert Poutiffard (2004) : une histoire féroce et complètement déjantée

On aurait pu croire qu’au moment de partir à la retraite Robert Poutifard serait nostalgique, ou impatient d’entamer une nouvelle vie – et bien, rien de tel ! Le maître d’école cache bien son jeu, mais ses pensées tournent en réalité autour d’une idée fixe : se venger des mouflets tous plus épouvantables les uns que les autres qui se sont succédé sur les bancs de sa classe au fil des décennies. Ils lui en ont fait voir de toutes les couleurs ? La revanche minutieusement imaginée par Poutifard, aidé de son indéfectible maman, pourrait bien être à la hauteur… Une lecture hilarante qui confirme le talent de conteur de l’auteur ! Chronique complète

Terrienne (2011) : une dystopie à mi-chemin entre Orwell et Barbe bleue, addictive et effrayante

Sur une route de campagne, Anne erre, cherchant désespérément sa sœur Gabrielle, disparue un an plus tôt. Le monde glaçant dans lequel cette quête la porte évoque le nôtre, mais n’a pourtant rien à voir : un univers aseptisé, sans saveurs ni odeurs, ordonné jusque dans les détails les plus intimes de la vie et régi par des principes implacables ne laissant aucune marge au libre-arbitre. Vue de là-bas, l’espèce humaine apparaît tour à tour repoussante, inquiétante et fascinante. Pourquoi Gabrielle a-t-elle été emmenée ici ? Les deux sœurs parviendront-elles à survivre dans cet environnement hostile et à se retrouver ? Un texte que l’on dévore en retenant son souffle, et qui nous donne envie d’apprécier les saveurs douces et amères de la vie sur Terre ! Chronique complète

Jefferson (2018) : le genre de l’enquête policière revisité en forme de roman animalier pour notre plus grand bonheur

Ordonné, consciencieux, coquet, sensible et un brin timide, Jefferson se retrouve accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Le jeune hérisson peut heureusement compter sur la solidarité indéfectible de Gilbert qui ne manque pas d’idées pour mener l’enquête et démasquer le véritable assassin ! Quitte, pour cela, à devoir s’aventurer au pays des hommes… Une galerie inoubliable et drôlissime de personnages animaux, un récit truffé d’action et de péripéties qui nous donne à réfléchir sur le traitement des faits divers et les amalgames, mais aussi et surtout les relations entre hommes et animaux. Jubilatoire ! Chronique complète

TRADUCTIONS DE L’ALLEMAND

Jean-Claude Mourlevat, germaniste et ancien professeur d’allemand, a contribué à rendre accessible aux lecteurs francophones plusieurs textes incontournables de la littérature jeunesse allemande. Je pense notamment à plusieurs romans de Michael Ende, l’auteur de L’Histoire sans fin, qui ne sont pas tous chroniqués sur ce blog (il faut que je parle un jour de La Satanormaléficassassinfernale potion du Professeur Laboulette !), mais aussi au classique Krabat. Mon sentiment est que l’œuvre de Mourlevat a été enrichie par sa lecture des auteurs allemands. On y retrouve un je-ne-sais-quoi du merveilleux de tradition de littérature jeunesse (Janosch, Ende, Moers…).

Jim Bouton et Lucas le chauffeur de locomotive, de Michael Ende

La minuscule île de Lummerland, tout juste assez grande pour le roi Alphone Midi-Moins-le-Quart et ses trois sujets, devient un jour trop petite. Le chauffeur Lucas et sa sympathique locomotive Emma doivent se résoudre à l’exil et Jim Bouton, un orphelin aux origines mystérieuses, décide de les accompagner vers des aventures extraordinaires. Un roman illustré plein de fantaisie, truffé de détails savoureux et de trouvailles vraiment inventives, comme celle du géant apparent qui, contrairement à l’effet de perspective habituel, semble de plus en plus immense au fur et à mesure qu’il s’éloigne ! Chronique complète

Krabat, d’Ottfried Preussler

Ce roman nous plonge dans un décor féodal, marécageux et empreint de mystère, dont il est difficile de se défaire. Krabat devient apprenti-meunier au lugubre moulin de Schwarzkollm où lui et les onze autres compagnons doivent obéir au doigt et à la baguette au Maître. Mais qui est-il vraiment ? À quels savoirs occultes s’agit-il réellement d’initier les apprentis ? Quels danger encourent-ils, est-il possible de quitter le moulin infernal ? Le moulin et son maître sont effrayants et l’atmosphère vraiment oppressante, parfois terrible – un peu à la manière des contes. Un roman sombre et hypnotique, parfait pour s’initier au genre fantastique – et aux valeurs d’intégrité, de solidarité, de courage et de liberté. Chronique complète

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Et vous, quels romans de cet auteur avez-vous préférés, lesquels vous ont particulièrement marqué.e ?

PS : saviez-vous qu’Astrid Lindgren, qui donne son nom au prix décerné à Jean-Claude Mourlevat, est une autrice prolifique qui n’a pas seulement engendré l’extraordinaire Fifi Brindacier, mais de nombreux autres personnages inoubliables ? Cette autrice fait partie de nos préféré.e.s, n’hésitez pas à jeter un œil à ses livres !

2 réflexions au sujet de « Coup de projecteur sur les livres de Jean-Claude Mourlevat, lauréat du prix Astrid Lindgren 2021 »

  1. Pour moi, le souvenir le plus marquant d’une lecture de Mourlevat reste « Le combat d’hiver ». Une dystopie qui plairait bien à votre aîné, je pense…

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    • Vous tombez tout à fait juste ! Il l’a effectivement lu et trouvé excellent. Il faut que je trouve le temps de le découvrir aussi, ainsi que L’enfant océan (entre autres). Merci de votre passage par ici !

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