La (presque) grande évasion ou le déconfinement sauvage (et parfaitement illégal) d’une fille, de deux crétins et d’un chien, de Marine Carteron (Le Rouergue, 2021)

Un road trip, ça vous dit après les longs mois que nous venons de traverser ? Pour notre part, nous n’avons fait ni une ni deux et avons pris le large avec Bonnie, Jason, Malo et Melting-Pot. Le moins qu’on puisse dire est que cette escapade est placée sous haute tension. D’abord parce que c’est une enquête. Ensuite parce que dès les premières pages, on sait qu’on court droit au désastre. Malgré tout ce suspense, pas moyen de précipiter les choses, le mode de transport étant… un canot. Une chose est sûre, rien ne se passera comme prévu.

« Le masque, toute une histoire.
Au collège, il faut choisir ton camp : thug ou fayot, pas d’entre-deux.
Si Malo et moi, pour des raisons très différentes, avons tout de suite opté pour l’option 2 (le masque, toujours le masque, et au-dessus-du-nez-s’il-vous-plaît) Jason, lui, a coché la case 1 sans hésiter (le moins souvent possible, sur le menton, sur l’oreille, entre le jambes en mode string, ou sur la tête façon kippaCovid, mais PAS SUR LE NEZ ET LA BOUCHE, non jamais, jamais, jamais, je-ne-suis-pas-un-mouton-je-suis-un-rebelle). »

Ce qui fait le charme de ce roman, c’est la gouaille de Bonnie : la narratrice a une sacrée personnalité, un regard lucide sur l’époque qui est la nôtre, une dose solide de dérision à l’égard de ses compères comme d’elle-même. Sa voix singulière donne une drôlerie supplémentaire aux situations inextricables dans lesquelles la fine équipe a le don de se retrouver – mention spéciale pour le chien !

Bonnie raconte aussi très bien l’époque Covid à hauteur d’adolescente, les voyages qui font grandir, l’apprentissage de la débrouille et l’incomparable saveur de l’amitié. Aventures, péripéties et courses-poursuites sont aussi au rendez-vous suite à de mauvaises rencontres.

C’est déjanté et divertissant. Et vous conviendrez qu’un bol d’air et de liberté, ce n’est pas de refus par les temps qui courent.

Extraits

« Un jour, pour nous montrer « le rythme lancinant et la magie des phrases complexes » (déjà, là, elle m’avait perdue), madame Bailly nous avait lu le début d’un roman du XXe siècle. Sa première phrase était tellement longue, une page, que je ne serais même pas capable de vous dire de quoi ça parlait. Quand le point était enfin arrivé, je m’étais sentie comme une navigatrice tombée à l’eau qui, après avoir nagé des heures, découvre un morceau de bois assez gros pour s’y agripper. J’avais qu’une envie, me poser sur ce point et, surtout, ne plus en bouger. Mais la prof avait voulu continuer, disant que l’auteur, un certain Marcel, était un génie et son roman, un monument. Un monument d’ennui si vous voulez mon avis, d’ailleurs, le mec ne s’y est pas trompé vu qu’il a intitulé son œuvre À la recherche du temps perdu. »

Lu à voix haute en mars 2022 – Éditions du Rouergue, 14,50€

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :