Seule en sa demeure, de Cécile Coulon (L’Iconoclaste, 2021)

Un mariage arrangé comme ceux qui étaient courants en cette fin de XIXe siècle livrait la jeune épouse à un mari pour ainsi dire inconnu. Sa demeure, sa personnalité et ses secrets ne se révélaient qu’après la cérémonie, pour le meilleur, ou pour le pire…

Comme Aimée, on entre dans le domaine Marchère à pas feutrés, guettant chaque indice de la personnalité de son ténébreux mari et scrutant les traces de l’histoire tragique du lieu. Qu’est-il arrivé à la première femme de Candre ? Une menace plane-t-elle sur les lieux ou est-ce notre imagination qui s’emballe ? L’enquête d’Aimée se double d’une autre initiation tout aussi tâtonnante, au désir et à la sensualité.

Dans le charme classique des premiers chapitres, on trouve des réminiscences des romans de Balzac ou de Jane Austen. Mais très vite, on perd pied face à l’écheveau complexe des liens entre les personnages pris dans ce huis clos et on ne sait plus si on est chez Barbe-Bleue, dans le manoir de Dracula ou dans une œuvre de Cocteau. Cette incertitude place le récit sous tension et le roman se dévore d’un seul trait.

J’ai trouvé que les personnages étaient décrits de façon un peu insistante – le cousin très militaire, le mari très grave, la servante très forte, etc. – mais les descriptions sont belles, notamment ces visions hallucinées et ambiguës de la forêt jurassienne. Comme dans Une bête au paradis, les humains semblent souvent bestiaux et les bêtes majestueuses. Mais le décor et le propos sont tout autres : ce roman nous fait vivre de l’intérieur les tabous et la piété du XIXe siècle, l’enfermement du mariage, l’ambiguïté des rapports maître-domestique.

Une lecture immersive et fascinante, entre roman d’ambiance et roman d’énigme, loin des sentiers battus.

PS : C’est drôle comme Seule en sa demeure et D’or et d’oreillers, publié également cette année par Flore Vesco, se font écho alors que ce dernier livre s’adresse à un public plus jeune. Plus j’y pense, plus je vois de parallèles entre ces deux textes – mais je n’en dis pas plus pour vous laisser les découvrir par vous-mêmes…

Lu en octobre 2021 – L’Iconoclaste, 19€

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