La sorcière de Londres, de Nina Six (Sarbacane, 2025)

Stella Benson aurait pu faire partie des Culottées de Pénélope Bagieu : née en Angleterre à la fin du 19ème siècle, elle vécut en pionnière et en aventurière, se découvrant une vocation d’écrivaine dès l’enfance, militant pour le droit de vote des femmes, voyageant aux États-Unis et rêvant de… vivre seule. Amie de Virginia Woolf, elle rencontra un succès triomphal avec son roman de fantasy féministe Living alone mais tomba dans l’oubli.

Fascinée par cette autrice et son œuvre, Nina Six leur dédie ce roman graphique haut en couleur où s’entremêlent la vie de Stella au cours de l’année-charnière qu’a été 1918 et le contenu de Living alone. Dans une Londres bombardée par les Allemands, la jeune femme se débat à la fois avec les attentes de sa mère qui aimerait la voir se marier et avec des préoccupations matérielles prosaïques. Mais ces conditions de vie éprouvantes l’inspirent pour imaginer l’existence de Sarah Brown, une bureaucrate anglaise qui aurait pu finir ensevelie sous la paperasse si elle n’avait fait la connaissance de Watkins, personnage fantasque nimbé d’une aura un peu magique… Ces pages nous font glisser de la vie de Stella à celle de Sarah, montrant la manière dont l’une puise dans son quotidien pour imaginer l’autre. La matière semblait donc réjouissante, servie par une ligne légère et virevoltante.

Malheureusement, cependant, l’histoire m’a finalement moins intéressée que prévu. J’aime l’idée d’une auberge magique où les femmes pourraient vivre à la fois libres et solidaires, et je mesure à quel point cet imaginaire était en avance sur son temps. Mais in fine, cet univers était justement peut-être un peu trop utopique pour mettre ce récit sous tension et, pardon, mais les mésaventures de l’autrice avec son chien ne compensent pas vraiment. Finalement, les passages que j’aurai préférés auront été ceux que pimentent des personnages casse-pied (la mère de Stella) ou potentiellement menaçants (la sorcière allemande du roman). L’histoire comporte certains fils saisissants – cette idée par exemple de sorcières menant leur guerre à elles dans le ciel – mais s’éparpillait trop pour me captiver.

Je dois aussi avouer que je n’ai pas compris le sens des scène oniriques qui voient surgir un soldat nommé Conrad dans les rêves de Stella alors qu’elle semble par ailleurs assez peu portée sur les hommes.

J’aurais aimé être plus enthousiaste, il me reste le plaisir d’avoir rencontré une autrice contemporaine et amie de Virginia Woolf, et la curiosité de lire un jour Living Alone.

Lu en décembre 2025 – Sarbacane, 26€

7 commentaires sur “La sorcière de Londres, de Nina Six (Sarbacane, 2025)

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  1. La couverture avait attiré mon œil mais j’avais hésité parce que je n’étais pas complètement séduite en feuilletant.
    Ton avis m’intrigue et me laisse également un peu perplexe. J’ai l’impression que c’est quand même assez brouillon écossais surtout à cause de l’aura de la personne qu’évoque cette sorcière, que tu as aimé finalement. Je me trompe ?

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    1. Je n’ai pas non plus été séduite par toutes les planches, même si certaines sont chouettes. Au fond, je trouve qu’il manque une réelle intrigue. On passe de la vie de l’autrice au contenu du roman et dans le cadre d’un seul volume, j’ai eu le sentiment qu’il n’y avait pas l’espace pour réellement développer les deux histoires. Du coup la vie de Stella est très originale pour l’époque, mais on ne saisit pas bien comment elle en est arrivée à avoir ses idées pionnières, on la voit simplement sans cesse aux prises différents empêcheurs de tourner en rond et chercher l’inspiration pour son roman. Ses actions et conversations sont très exclusivement focalisées sur l’écriture du roman et le droits des femmes, j’aurais aimé qu’elle ait plus d’épaisseur par ailleurs, ça fait un peu téléphoné. Et le roman, tel que restitué ici, n’a pas de vrai élément perturbateur. La protagoniste est frustrée par différentes choses et inquiète du fait de la guerre, survient une sorte de sorcière aux pouvoirs magiques qui peut régler tous ses problèmes : c’est tout. Ça fait léger pour mettre une histoire sous tension.

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      1. Je vois. Merci pour toutes tes explications Elire. On semble en effet avoir trop enfermée cette femme dans un rôle et tout condensé en un seul tome, ça n’a pas laissé la place pour qu’on la comprenne au-delà si je saisis bien. Dommage.

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