La vie en rose de Will, de Susin Nielsen (Hélium, 2021)

Quel concentré d’émotions ! Nous avions beau savoir combien l’autrice canadienne Susin Nielsen sait chambouler ses lecteurs, elle a une nouvelle fois réussi à nous prendre de court.

C’est d’abord l’intrigue qui nous a accrochés jusqu’à décaler déraisonnablement l’heure du coucher : Will parviendrait-il à sortir de sa coquille, à s’ouvrir aux nouvelles expériences et à se faire aimer des autres comme il y aspire tant ? Il risquait bien de se trouver au pied du mur le jour où un échange scolaire avec une classe française l’entraînerait hors de sa zone de confort et ferait débarquer Charlie dans sa vie. Tournant les pages, nous avons découvert – un peu effarés, il faut bien le dire – l’ampleur de la tâche pour celui qui non seulement cumule un physique ingrat et des angoisses envahissantes, mais subit aussi les sarcasmes du monde impitoyable du collège. Et pourtant, je vous mets au défi de ne pas fondre devant sa spontanéité désarmante, sa sensibilité, sa créativité. Et Will pourrait bien avoir plus d’atouts qu’à première vue, à commencer par l’amour de ses deux mamans aussi adorables que fauchées, l’enthousiasme de Templeton et l’amitié de Sal et Alex…

Le cheminement initiatique de Will est difficile – on est dans la vraie vie, pas dans l’American Dream ou dans un de ces livres de développement personnel dans lesquels un peu de conviction et quelques recettes font des miracles. Il ne suffit donc pas d’un peu de relooking pour devenir canon, ni d’une bonne argumentation pour obtenir une augmentation de la part d’un patron sans scrupule. Mais c’est justement ce qui fait que chaque petit pas en avant est profondément émouvant. En cours de route, on se souvient à quel point l’adolescence peut être douloureuse. On traverse des états oxymoriques entre rire et larmes. On se love dans l’univers métissé et divers de l’autrice. On s’amuse du comique de situation, des répliques culte et des clins d’œil à la littérature et à la pop culture (l’occasion notamment de découvrir l’émission Queer Eye à côté de laquelle il aurait été dommage de passer !). On rigole du regard juste et décalé sur Paris et les Français (ce père intellectuel parisien !). Et on se réjouit de célébrer l’amitié avec un grand A, avec des personnages qu’on voudrait ne jamais devoir quitter.

Un roman d’une grande tendresse – de ceux qu’on voudrait à la fois dévorer et lire plus lentement pour mieux le savourer. Nous avons adoré !

L’avis de Pepita

Extraits

« – Ils sont exactement comme nous ! ai-je constaté.
– Tu t’attendais à quoi ? m’a demandé Fab. À ce qu’ils aient tous un béret sur la tête et une baguette sous le bras ?
Mes joues ont chauffé malgré le froid. « Non. » Mais au fond, je pensais : Bah peut-être les bérets quand même. »

« Ses SMS étaient toujours aussi bizarres, à cause du correcteur automatique
Je ne t’ai pas vu à l’aquarium    
Pourquoi tu n’es pas venu à la pissottière ?
Tu viens déjeuner ? J’ai fait des croque-morts.
Désolé que tu aies le cœur brioche.
Ne t’en fasse pas, la vie réserve bien des surpopulations. »

Lu à voix haute en septembre 2021 – Hélium, traduction de Valérie Le Plouhinec, 14,90€

2 commentaires sur “La vie en rose de Will, de Susin Nielsen (Hélium, 2021)

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    1. Je pense vraiment qu’elle pourrait vous plaire ! Si je devais te suggérer un titre, ce serait peut-être « Paris sans laisser d’adresse », que nous avons vraiment adoré. Mais celui-ci est très bien aussi 🙂

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