Des sauvages et des hommes, Annelise Heurtier (Casterman, 2022)

« On se demande qui sont les sauvages et qui sont les hommes ! »

Avec son sens de l’à-propos, mon moussaillon de douze ans résume parfaitement les choses. La véritable sauvagerie, c’est l’exhibition d’humains présentés comme des primitifs afin d’assouvir la soif de sensationnalisme, d’engranger des sommes folles et par la même occasion de légitimer la politique colonialiste.

Annelise Heurtier contribue à raviver la mémoire d’un phénomène historique terrible, mais longtemps refoulé. Sa plume vive et acérée nous transporte en 1931. À Paris germe l’idée redoutable d’exposer une troupe de « Kanaks » en marge de l’exposition coloniale. Attiré par la perspective de voir du pays et la promesse de pouvoir présenter sa culture, Edou quitte la Nouvelle-Calédonie et embarque à bord du navire pour la France. Le groupe déchante rapidement lorsqu’il se retrouve installé dans un enclos affublé d’une pancarte : « CANNIBALES ».

Edou est un beau personnage dont on partage les rêves et la curiosité, l’amour de sa mère, la désorientation, la peur, la révolte – bref, l’humanité. Une humanité qui nous renvoie à la sauvagerie des faits dont le roman reste très proche, soulignée par de saisissants documents d’époque insérés au fil des page. L’alternance de points de vue révèle aussi le cynisme méprisant des tenanciers de zoos humains et la curiosité malsaine des visiteurs (plus d’un milliard et demi entre 1810 et 1940 tout de même, nous dit l’historien Pascal Blanchard en post-face). N’ayant pas du tout pris la mesure de l’ampleur du phénomène avant de lire ce roman, j’en suis restée sonnée.

Avec ces émotions fortes, je ne vous ai même pas parlé de Victor ! Et bien, je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de le rencontrer par vous-même.

Si les romans d’Annelise Heurtier sont si inspirants, c’est qu’ils évoquent toujours le courage infini de ceux qui osent ouvrir les yeux et s’exposer en première ligne pour repousser les obscurantismes et conquérir de nouveaux droits.

Un roman qui se dévore : dans la droite lignée de Sweet Sixteen, à la fois solidement documenté, éclairant et émouvant.

L’avis de HashtagCéline

Lu en mai 2022 – Casterman, 14,90€

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