Robinson, de Peter Sis (2018)

Lu à voix haute en septembre 2018

Robinson cover     robinson crusoé gallimard

pipi langstrumpfQui ne s’est jamais imaginé explorer une île déserte ? Se retrouver seul face à soi-même, mettre à l’épreuve son art de la débrouille et vivre en harmonie avec la nature… De Fifi Brindacier au Royaume de Kensuké, des aventures de Jim Bouton au Dragon de mon père et aux Coloriés, l’idée d’un écrin sauvage perdu au large d’océans lointains est récurrente dans la littérature. Et cela ne date pas d’hier ! J’avais parlé il y a quelques mois de L’île au Trésor de R.L. Stevenson qui a tout de même près de 140 ans, quelques années de plus que L’île mystérieuse de Jules Verne. Mais saviez-vous que celle qui est peut-être la plus célèbre des histoires d’île déserte, Robinson Crusoé, fêtera ses 300 ans l’année prochaine ? Véritable mythe littéraire, Robinson s’inscrit dans notre imaginaire collectif parmi ces personnages que chacun a l’impression de connaître depuis sa plus tendre enfance…

De ma première lecture de Robinson Crusoé, pendant mes années collège, j’avais retenu surtout le souvenir d’avoir été absolument impressionnée, et même enthousiasmée par l’obstination, la persévérance, l’habileté et l’ingéniosité du naufragé, qui lui permettent finalement de survivre. C’est donc avec enthousiasme que j’ai proposé aux enfants de le lire ensemble cet été. Quelle n’a pas été ma sidération de redécouvrir un roman complètement différent de mon souvenir ! La dimension morale-chrétienne m’avait complètement échappé à l’époque, ainsi que le contexte historique de traite des esclaves et d’ailleurs, plus largement, tout ce que vit Robinson avant son naufrage. Le style littéraire parfois franchement ardu du 17ème siècle, la nécessité de fournir d’amples explications sur le contexte, les longues considérations morales du protagoniste et plusieurs longueurs (quand ce dernier raconte dans son journal des événements déjà abordés dans le roman par exemple) ont lassé les enfants et nous avons interrompu la lecture au milieu du livre. Peut-être y reviendrons-nous quand ils seront plus grands, ou préféreront-ils Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier ?

Robinson costumeEn attendant, nous avons lu cette semaine l’album Robinson, de Peter Sis, publié cette année par Grasset Jeunesse. Et pour le coup, ça a été un vrai coup de cœur familial ! Cet album de toute beauté est inspiré d’un épisode vécu par l’auteur. Son petit héros et un garçon avide d’aventures et de jeux avec sa bande de copains. Lorsqu’il décide de se déguiser en Robinson Crusoé pour mardi gras, il espère faire forte impression sur ses pirates de copains. Mais voilà, ne connaissant pas le personnage de Robinson, ils trouvent son déguisement incongru. De quoi se sentir aussi seul… que sur une île déserte. Commence alors un voyage onirique qui nous donnerait presque l’impression de retrouver Max et les Maximonstres !

Robinson voyage

Max et les maximonstres

L’ingéniosité de l’auteur consiste à faire de l’île déserte imaginée par l’enfant un lieu isolé, certes, mais aussi un havre de nature luxuriante et réconfortante, où se dépasser et reconstruire sa confiance en soi… L’objet-livre est véritablement magnifique, avec ses grandes illustrations pleines de symboles et de subtilités qu’on ne découvre qu’au fil des lectures, avec un grand format ouvrant l’horizon et donnant envie de voguer vers d’autres horizons. Réalisées à l’aquarelle, à l’encre et au stylo, ces illustrations incarnent et rythment le texte, en jouant sur les registres de couleurs, la mise en page et les perspectives.

Robinson illustrations.jpg

Un grand merci aux éditions Grasset jeunesse pour cet album splendide qui nous invite à assumer nos différences et à célébrer l’enfance, ses jeux si captivants et les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Grasset Jeunesse, 18,90€

3 réflexions au sujet de « Robinson, de Peter Sis (2018) »

  1. c’est drôle car l’une de mes filles a tenté de lire « l’île au trésor » en début de mois et a abandonné à cause du langage. Par contre elle a dévoré « Vendredi ou la Vie sauvage ».
    Cet album a l’air très beau et ta critique donne vraiment envie de le découvrir.

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    • Merci beaucoup pour ton retour ! Nous avons lu l’île au trésor tous les trois, à voix haute – et franchement, l’explication de certains termes (surtout tout le jargon de la navigation et de la topographie) et aussi un peu du contexte historique n’étaient pas de trop. Je me suis vraiment étonnée que cela ne décourage pas les enfants. Mais contrairement à Robinson Crusoé (qui est encore plus vieux et dont le texte est encore plus difficile d’accès, je dirais…), le rythme de l’île au trésor est très soutenu, les péripéties s’enchaînent sans temps mort et le suspense est insoutenable. Peut-être un texte à redécouvrir à voix haute? « Vendredi ou la vie sauvage » faisait partie des livres que j’avais envie de lire, ton retour me donne envie de le faire très vite ! Et je suis ravie si la critique te donne envie de découvrir l’album de Peter Sis…

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  2. Ping : Lotte, fille pirate (de Sandrine Bonini et Audrey Spiry, 2014) | L'île aux trésors

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