L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, de Robert Louis Stevenson, 1885 (version illustrée par Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2018)

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Comme nous n’avions pas envie de quitter l’Angleterre victorienne de Miss Charity, je me suis dit que nous avions là une merveilleuse occasion de nous plonger dans un classique qui m’avait beaucoup marquée adolescente : L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Nous avions la chance (merci à mes parents !) d’avoir sous le coude la splendide version illustrée publiée par les éditions Sarbacane dans leur excellente collection « Grands classiques illustrés », point d’entrée somptueux vers l’univers de grands auteurs comme Herman Melville, Mark Twain, Jack London ou, en l’occurrence, Robert Louis Stevenson.

Est-il besoin de résumer cette affaire ultra-célèbre ? Nous voilà aussi perplexes que le notaire Utterson face au comportement insondable du respectable Dr Jekyll. Quels peuvent être ses liens avec l’infâme Edward Hyde ? Pourquoi ce dernier peut-il aller et venir comme bon lui semble chez le docteur ? Comment ce dernier, si plein de vertus, peut-il fermer les yeux sur les ignominies de Hyde ? Pourquoi refuse-t-il d’en parler à ses amis les plus proches et se retranche-t-il dans ses appartements ? Alarmé, Utterson tente de faire la lumière sur ce cas décidément bien étrange…

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Les premières pages sont ardues pour le jeune lecteur peu familier de la langue de la fin du 19ème siècle. Cela vaut cependant vraiment la peine de persister car une fois l’intrigue nouée, impossible de reposer ce livre. Stevenson sait très bien y faire pour piquer notre curiosité et nous donner une bonne dose de frissons ! Antoine et Hugo ont adoré mener l’enquête avec Utterson, recensant indices et témoignages, multipliant les conjectures et tournant avidement les pages jusqu’aux révélations finales. Londres, présentée ici sous son jour le plus sinistre entre ruelles obscures et intérieurs feutrés, offre un décor parfait à l’histoire, sublimé par les illustrations de Maurizio A.C. Quarello.

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Ainsi, cette réédition grand format, cossue comme un salon anglais, permet à la fois de redécouvrir un texte illustre qui se relit vraiment avec plaisir (même en connaissant le fin mot de l’histoire), mais aussi d’en donner l’accès au jeune public.

Et ce texte reste une référence incontournable – peut-être LA référence – pour évoquer les doubles personnalités. Et plus généralement les dilemmes moraux des humains, partagés entre aspiration au bien et tentation du mal, entre civilisation et pulsions. La morale de l’histoire semble débattue. J’ai lu dans ce court roman une critique de la morale victorienne qui impose d’afficher d’hypocrites vertus et honnit tout amusement – ce que mes garçons ont eu beaucoup de mal à concevoir et qui a déclenché des débats animés ! C’est finalement le refus d’admettre certains de ses penchants qui déclenche le dédoublement de personnalité chez Jekyll…

Et Stevenson est quand même un personnage fascinant. J’avais déjà parlé de ses aventures dans ma chronique sur L’île au trésor. Il y aurait mille et une autres anecdotes à raconter. Saviez-vous par exemple que L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde lui fut inspiré par l’incroyable double-vie de l’Écossais William Brodie, ébéniste vertueux le jour et criminel la nuit ? Ou que l’épouse de Stevenson brûla le premier manuscrit de ce roman, le considérant comme raté ? Il faut croire que la réalité dépasse parfois la fiction !

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Extrait

« Pauvre Harry Jekyll, pensait-il. Le voilà dans de bien vilains draps, si mon intuition ne me trompe pas. Il a eu une folle jeunesse, et cela ne date pas d’hier : mais aux yeux de Dieu, le temps n’est rien. Oui, ce doit être cela : le spectre d’une haute ancienne, le cancer d’un déshonneur resté secret : la punition survient, traînant la patte, des années après que le souvenir en a été effacé et que l’indulgence a excusé le méfait. »

Le notaire, que cette pensée effarait, médita un long moment sur son propre passé, explorant à tâtons les recoins de sa mémoire, de peur d’y trouver le ricanant Polichinelle d’une vieille injustice, monté sur ressort et lui sautant soudain au nez. La biographie de Mr Utterson était pratiquement sans tâche ; rares étaient ceux qui pouvaient examiner leur curriculum avec aussi peu de craintes que l’ami du Dr Jekyll : et cependant, la honte le saisit au souvenir des mauvaises actions qu’il avait commises. »

Lu à voix haute en avril 2020 – Éditions Sarbacane, 23,50€

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