La trilogie de la Poussière, tome 1 : La Belle sauvage, de Philip Pullman (Folio Junior, 2020 pour la traduction française)

Philip Pullman a eu du courage de reprendre sa plume après tant d’années pour apporter un nouvel édifice à l’œuvre développée à partir des Royaumes du Nord. Cet incroyable premier tome avait ouvert une trilogie monumentale dans ses ambitions, son foisonnement, sa densité imaginaire, sa façon de faire résonner science, philosophie et fantasy steampunk. De ces séries que l’on termine avec mélancolie – celle de savoir que l’on ne goûtera jamais la compagnie indéfectible d’un daemon qui serait le nôtre. La boucle était bouclée, la guerre terminée, les relations entre les mondes – et les personnages qu’on avait désormais l’impression de connaître – stabilisées. Qu’ajouter après cela ? Le risque n’était-il pas grand de décevoir des attentes forcément incommensurables ?

Le premier tome de la trilogie de la Poussière prend le parti de reprendre l’histoire non pas là où on l’avait laissée, mais dix ans plus tôt, au moment où toute l’intrigue s’est nouée. Malcom, onze ans, s’étonne de l’intérêt des visiteurs de l’auberge de ses parents pour Lyra, un bébé recueilli par les nonnes du prieuré voisin. En toile de fond, d’aucuns semblent se soumettre aux forces obscurantistes du Conseil de Discipline Consistorial. Mais la résistance s’organise aussi efficacement que discrètement. Et les éléments sont de plus en plus déchaînés…

« Sous un nom innocent et trompeur, l’organisation de Nugent accomplissait toutes sortes de missions dangereuses, complexes, ennuyeuses et parfois totalement illégales. Mais jamais, jusqu’alors, elle n’avait été amenée à protéger un bébé de six mois de ceux qui voulaient le tuer. »

J’ai aimé retrouver l’univers steampunk si singulièrement ciselé de la série, cet Oxford où savants et religieux tirent chacun leurs ficelles. L’histoire commence comme un roman d’espionnage aux accents philosophiques pour basculer dans une traque acharnée. C’est toujours impeccablement écrit et porté par des personnages très vivants – Malcom, en particulier, si gentil, courageux et curieux.

Mais la trame est très, trop linéaire à mon goût. Je n’ai pas retrouvé le foisonnement rythmé d’À la croisée des mondes qui savait si bien orchestrer différents tableaux et fils narratifs. Ici, on suit essentiellement Malcom : autant j’ai aimé découvrir la genèse des liens des protagonistes, autant je n’ai pas été entièrement convaincue par la course-poursuite sur laquelle plane une espèce de psychopathe dont les motivations m’ont semblé obscures.

Il n’en reste pas moins que cette façon d’entremêler les époques et les intrigues est très intrigante, offrant de multiples clins d’œil et prolongements aux romans précédents tout en développant de nouvelles intrigues autour de personnages qui n’étaient que secondaires jusqu’ici. On brûle de savoir ce qu’ils deviendront dans le prochain tome qui nous transporte vingt ans plus tard. À suivre, donc !

Lu en février 2022 – Folio Junior, traduction de Jean Esch, 9,50€

2 commentaires sur “La trilogie de la Poussière, tome 1 : La Belle sauvage, de Philip Pullman (Folio Junior, 2020 pour la traduction française)

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  1. Personnellement, ça a été une déception. Trop inégal en terme de rythme, trop superficiel en terme d’enjeux, trop facile parfois… Je n’ai toujours pas lu la suite et doute de le faire un jour. La trilogie A la croisée des mondes reste une des meilleures séries qui soit à mes yeux par contre !

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