Ce que nous sommes, de Zep (Rue de Sèvres, 2022)

Imaginez un monde où moyennant finances, les humains pourraient « s’augmenter » d’un second cerveau numérique. On pourrait acquérir instantanément des sommes de connaissances illimitées, vivre un divertissement perpétuel fait d’expériences aussi désirables qu’illusoires. Imaginez maintenant que le système déraille, privant un jeune homme « augmenté » de son cerveau assistant…

Dans cette belle BD, Zep nous entraîne dans une enquête captivante tout en sondant les problèmes éthiques et métaphysiques de technologies qui relèvent à peine de la science-fiction : cette année, Neuralink entend expérimenter l’implant cérébral sur de premiers volontaires. Il s’agit notamment pour des personnes handicapées de commander des appareils par la pensée, mais Elon Musk, fondateur de la société, ne fait pas de mystère de son ambition de booster les capacités de l’organisme humain.

Les aventures de Constant soulèvent des questions vertigineuses qu’il semble plus urgent que jamais de se poser : quel sens pourrait avoir la vie d’humain omniscient et happé par une réalité virtuelle envoutante ? Vit-on réellement ce qui nous arrive dans ce type de réalité virtuelle ? Quelles inégalités les technologies d’augmentation pourraient-elles créer ? Sommes-nous au clair sur les dépendances et les pertes qui en découleraient ? Quels risques physiques et psychologiques présenteraient-elles ? Rien que ça !

C’est percutant, passionnant, même si on voudrait plus d’épaisseur encore. J’aurais aimé en savoir plus sur l’histoire de la transition de notre monde actuel vers celui de Constant, ou sur les contours du Data Brain Project – ses architectes croient-ils naïvement à l’augmentation ou ont-ils conscience des dérives de leurs activités, comme ces leaders de la Sillicon Valley qui interdisent les écrans à leurs enfants ? De quoi vivent les augmentés s’ils se consacrent exclusivement à leurs divertissements ? Le projet Data Brain est-il compatible avec la préservation de la nature aux portes de la ville ? Tout cela aurait pu être étoffé.

Cela dit, c’est beau de voir le protagoniste reconquérir à la force de sa curiosité, de ses expériences et de l’entraide, ce qu’il n’avait jamais appris et pouvait perdre d’autant plus facilement, des réflexes de survie à la sensation de la tisane brûlante. Comme si on se déconnectant de son cerveau supplémentaire, il se reconnectait à son environnement.

Tout cela est ponctué de clins d’œil plaisants à des livres et des auteurs, de Sylvain Tesson à Louis Aragon, en passant par Herrman Melville. Car oui, à bien y réfléchir, il y a là l’un des aspects les plus terrifiants de l’idée de « charger » instantanément une infinité de données : on n’aurait plus de livre à découvrir.

Les avis de Pépita et de Tachan

Lu en avril 2022 – Rue de Sèvres, 20€

2 commentaires sur “Ce que nous sommes, de Zep (Rue de Sèvres, 2022)

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