
Combien de traces laisserons-nous, nous qui vivons à l’ère numérique ? Une infinité ? Aucune ?
En attendant, les flux continus de communication et la gestion « intelligente » du quotidien font partie intégrante de nos existences : on se souvient à peine comment on a fait sans. Thomas frôle ainsi la panique le jour où il découvre que son téléphone a disparu – ou plutôt qu’il a été interverti la veille au soir avec celui d’une inconnue qui prenait un verre à la même table. La jeune femme lui restitue heureusement son appareil mais, de manière incompréhensible, insiste pour qu’il garde le sien et lui transmet même le code permettant de consulter les traces anodines et profondes que les différentes applications renferment… Qui est donc cette personne et qu’a-t-elle entrepris ?
Ce roman chevillé à notre époque a peu de chances de devenir un classique et le dispositif est un peu démonstratif – tout ou presque dans ce roman tourne autour des technologies de communication. Mais le propos n’en est pas moins intrigant. Évidemment, la démarche d’abandonner son smartphone à un inconnu pique la curiosité, désarçonne, voire alarme, incitant Thomas à mener l’enquête à partir d’un matériau hétéroclite : textos, enregistrements, photos, recettes, notes diverses, etc. Un portrait mystérieux de la propriétaire de l’appareil s’étoffe au fur et à mesure que Thomas en explore le contenu, exhumant des traces qui ravivent ses propres souvenirs.
C’est à la fois mélancolique et très prenant : je n’ai fait qu’une bouchée du roman. Outre le plaisir de spéculer sur les ressorts de l’affaire, j’ai été sensible à beaucoup de réflexions sur la mémoire, la texture des relations humaines, la solitude dans l’hyperconnexion, le défi de vivre ensemble à l’heure des bulles d’information, l’aspiration à se soustraire au monde. Cette densité réflexive peut parfois donner le sentiment de lire plutôt un essai, avec une intrigue calibrée avant tout pour permettre d’explorer ces questions. Reste que l’énigme de Romane imprime au récit une tension qui ne m’a guère laissé le loisir de m’appesantir sur ces réserves.
Lu en juillet 2026 – Gallimard, 22€
Effectivement en plus d’être totalement ancré dans notre époque, cela a l’air d’être un vrai roman d’atmosphère. Cela m’intrigue comme cela a dû l’être pour toi. Je note 😉
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