
Pourquoi la mère de Waldo convoque-t-elle une fête ? Ce n’est pas dans ses habitudes et voilà que sans motif évident, elle organise les choses en grand. Pourquoi l’atmosphère est-elle si étrange ? Au fur et à mesure que les préparatifs avancent et que les invités arrivent, les souvenirs affleurent, la dynamique se précise et les pièces du puzzle se mettent en place…
« Annabel, un brin d’herbe sur la lande, grande même enfant, ses yeux verts pailletés, ses cheveux de foin qu’elle repoussait sur son front, sa voix rauque et emportée. C’était une meneuse née, une petite fille intrépide, débrouillarde, tête brûlée. »
Voilà une lecture plaisante. J’apprécie toujours autant la plume sensorielle et imagée de Julia Kerninon qui décrit à merveille son décor de dunes, de criques et de ronces et donne vie à de beaux personnages féminins.
Son récit se dévore. Dès les premières pages, j’étais aux aguets, intriguée par l’ambiguïté des personnages et la tension régnant sur la presqu’île où joue le roman, à la fois hors du temps et visiblement travaillée par des forces obscures. La forme chorale contribue, elle aussi, à piquer la curiosité en nous révélant des pans complémentaires de cette histoire par le biais de changements de perspectives – fiables ou pas ? – et d’incursions dans les souvenirs de chacun. Une mémoire douce-amère qui a à la fois le goût intense des amitiés sableuses de l’été et une saveur plus âcre que l’on ne sait pas tout de suite identifier : nostalgie ? Regret ? Colère ? Tourment ?
Tout cela concourt à faire de ce roman une lecture addictive. Pour l’avoir englouti rapidement, je crains de ne pas en garder de souvenir très marquant. Quelque chose m’a paru un peu trop lisse dans cette histoire ; j’en avais anticipé une bonne partie du dénouement, qui ne m’a donc pas tant surprise que cela. Surtout, les liens entre les familles Schnabel et Wilberforce auraient eu matière à nourrir un pavé : en refermant le livre, j’ai eu le sentiment que le récit de leur histoire, aussi riche qu’il aurait pu devenir en creusant plus les questions de la maternité, de la création littéraire, du harcèlement ou des tectoniques de groupes adolescents, était finalement restée un peu à la surface.
Une lecture prenante, portée par une jolie plume, mais dont j’aurais aimé qu’elle creuse davantage les zones d’ombre qu’elle fait si bien affleurer.
Lu en septembre 2026 – L’Iconoclaste, 21,50€
Laisser un commentaire